La cinquantaine bien amorcée, me voilà animée d’une toute nouvelle passion. Adieu (pour le moment) brochets, dorés, grosses truites grises et compagnie, je me lance à la conquête de la délicieuse petite mouchetée. L’avantage que j’y trouve c’est qu’on peut la visiter chez elle, les deux pieds dans son habitat, à gué comme on dit, plutôt que confinée à une embarcation.
C’est donc avec un enthousiasme plus que débordant, que je me rends au magasin chasse et pêche le plus près de chez nous pour me procurer l’artillerie nécessaire.
Le jeune vendeur me conseille une canne à mouche en graphite de 9 pieds avec de la soie # 6 commodément vendue avec le parfait petit kit pour débutant comprenant deux mouches ( une sèche et une noyée), un avançon et quelques trucs dont je trouverai bien l’utilité plus tard.
Pour compléter le tout, on me propose une élégante cuissarde verte, une veste de pêche de couleur assortie et une casquette moustiquaire que j’achète sans hésiter sachant bien que les vilaines mouches noires seraient au rendez-vous.
De retour à la maison, je visionne quelques vidéos sur Internet, question de connaître les meilleurs techniques des multiples experts. Tout paraît si simple qu’il est inutile de s’y attarder trop longtemps.
Reste maintenant le montage de la canne à pêche. Internet a beau regorger d’une multitude de sites expliquant en long et en large le montage de la canne à pêche, disons que le nœud du pêcheur ne me vient pas naturellement et que je dois y consacrer quelques heures.
Me voilà donc prête à partir, la tête pleine de rêves et les bagages alourdis de quelques bouteilles de Bordeaux minutieusement choisis et qui accompagneront si avantageusement mes prises, le cas échéant. Par prudence, j’ajoute des pâtes et du pesto.
Le petit chalet loué, à partir d’une annonce Internet, ne répond pas exactement à la description qu’on en faisait. Il n’est pas au bord du lac, comme l’avait laissé entendre le locateur, mais plutôt aux abords du lac. J’ai appris qu’il fallait faire attention à cette subtile différence. Mais bon! Mon compagnon et moi sommes là pour les truites et non pour la vue.
Le premier soir est consacré à l’exploration des fosses. Ô surprise, il y en a 26, sur plusieurs kilomètres. La tâche est colossale. Laquelle choisir? Laquelle contiendra les trésors tant convoités? Pas de problème, on arrivera au petit matin et on les essaiera toutes.
Toutefois, le cadran réglé pour 4 h du matin n’arrive pas à réveiller notre esprit de pêcheurs. La somnolence nous gagne après chaque bip bip et ce n’est qu’à 6 h que la réalité nous saisit : les fosses nous attendent. En bons citadins que nous sommes, nous n’arrivons tout de même pas à quitter la chalet avant d’avoir ingurgité au moins deux bons cafés et un muffin.
Finalement, il est bien au-delà de 8 h lorsque la fosse numéro 1 reçoit notre visite. Faute d’encouragement de la part des truites, nous passons rapidement à la fosse numéro 2. Et vlan! C’est parti! Les petites bestioles s’agitent et elles mordent sans arrêt au festin que nous leur présentons qui en passant ne sont pas des mouches sèches ou des mouches noyées mais bien de dodus vers de terre. C’est le judicieux conseil que nous avaient prodigué les pêcheurs locaux.
En moins de 2 heures, nous avions déjà l’assurance que nos prochains repas seraient composés de nos prises qui s’accumulaient de façon plus qu’ encourageantes. Était-ce la chance du débutant, je le croirais bien.
C’était le bonheur total! La rivière pétillait comme un bon champagne, les oiseaux nous saluaient au passage et la petite mouchetée se laissait prendre allègrement.
Le lendemain matin, nous récidivons, mais cette fois-ci, nous sommes au poste à 6 h du matin. Et le miracle se poursuit. Joyeux comme des enfants en récréation, nous sillonnons la rivière de la fosse 2 à la fosse 7.
Bien sûr, nos lignes s’accrochent de temps à autre au fond de la rivière, et les petites mouches noires nous trouvent bien à leur goût, mais notre sac à truites se remplit à vue d’œil et on s’extasie devant chacune d’elles. En tout 29 petites, moyennes et grosses truites mouchetées, viendront garnir nos assiettes et combler notre insatiable appétit pour ce délice de la nature.
Dans mon cas, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une passion éphémère. J’ai bien l’intention de raffiner mes techniques, consulter des experts et abandonner le ver de terre, qui s’est avéré un excellent allié pour ma première expérience, mais que je compte délaisser au profit de la mouche.
Pour la petite histoire, les pâtes et le pesto sont retournés au garde-manger... pour une prochaine fois peut-être.